Vers une relance économique modérée pour l’Afrique en 2022 - African Trade Insurance Agency (Fr)

Vers une relance économique modérée pour l’Afrique en 2022

  • À l’occasion de la table ronde annuelle de l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique (ACA), le Ghana, le Sénégal et l’Ouganda ont initié une rencontre virtuelle avec des partenaires financiers et analystes de risque internationaux aux fins d’examiner les problèmes les plus urgents et évoquer des mesures d’atténuation.
  • Les analystes ont indiqué que l’Afrique est susceptible de connaître une relance économique modérée en 2021 et n’atteindrait probablement pas les niveaux de croissance de 2019 avant 2022.
  • Les défauts de remboursement de dette seront certainement limités à un cercle restreint de pays, et ne devraient en principe pas être étendus à d’autres pays sur le continent.

 NAIROBI, 9 décembre 2020 – À l’occasion de la table ronde annuelle de l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique (ACA), des investisseurs, analystes de risque et gouvernements africains ont passé en revue les perspectives de relance post COVID-19 pour le continent. Les analystes entrevoient une relance économique modérée en 2021 avec la possibilité que certains pays ne retrouvent pas les niveaux de croissance de 2019 avant 2022.

Manuel Moses, le nouveau Directeur Général de l’ACA, a ouvert la session en insistant sur l’importance des partenariats pour aider les économies africaines à se relancer suite à cette pandémie sans précédent. Il a également souligné l’ardent désir de l’ACA à apporter un soutien accru aux économies les plus vulnérables, ce que l’entreprise a l’intention de concrétiser à travers une expansion rapide du nombre des adhérents au cours des mois à venir, avec le soutien des partenaires tels que la Banque Européenne d’Investissement et la Banque Africaine de Développement.

Cette session a permis de mettre en relief plusieurs facteurs clés qui devraient guider la relance du continent. En effet, contrairement aux chocs économiques précédents qui ont surtout impacté les pays fournisseurs de matières premières, l’une des caractéristiques majeures de l’impact de la pandémie est qu’elle a particulièrement touché un éventail plus important de pays, y compris des économies plus diversifiées et celles dépendant des secteurs du tourisme et de l’aviation.

Le FMI estime qu’il faudra nécessairement mobiliser 345 milliards US$ au cours des trois prochaines années pour aider les pays à se rétablir complètement des effets économiques de la COVID-19, alors que l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) du G20 ne permettra de fournir aux pays éligibles que 6,5 milliards US$ jusqu’en juin 2021. Par ailleurs, la myriade de sources de financement non traditionnelles, en provenance du Moyen-Orient et de l’Asie, complique encore le problème de la dette.

Les analystes ont également fait remarquer que les prévisions ne sont pas vraiment surprenantes étant donné que les pays susceptibles d’être les plus solides sont ceux qui, comme le Sénégal et l’Ouganda, qui implémentaient déjà avant la pandémie, des politiques fiscales et monétaires saines, tandis que les pays qui étaient déjà vulnérables avant la pandémie devraient connaître une aggravation de leur situation avec un degré d’endettement atteignant 60 % du PIB en 2020 contre 40 % en 2015.

Autres points clés abordés pendant la session :

L’Afrique a évité une crise sanitaire majeure mais vigilance reste toutefois de mise

Le Dr Robert Besseling, Fondateur et Directeur Général  de Pangea-Risk a fait remarquer que, jusqu’à présent, la pandémie semble avoir eu plus d’impact en Afrique du Nord et en Afrique Australe. Chaque région représente 1/3 des infections cumulées, l’Égypte et le Maroc étant les pays les plus touchés en Afrique du Nord alors que l’Afrique du Sud représente à elle seule 1/3 des infections en Afrique australe. Cependant, les taux quotidiens d’infection montrent que l’Afrique dans son entièreté, les pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est y compris, est de toute évidence en proie à une seconde vague. On dénombre actuellement 2,2 millions d’infections dont 300 000 actives.

Les défauts de remboursement juste limités à quelques pays.

Les intervenants ont noté que les actions de notation ont été restreintes et concentrées là où les risques sont les plus importants et urgents, c’est-à-dire dans les pays les moins dynamiques appartenant à la catégorie Single B. En 2020, Moody’s a pris le plus grand nombre d’actions de notations, 20 au total, depuis 2016. Ces actions concernaient principalement un nombre limité de pays dans lesquels le choc de la COVID a exacerbé les faiblesses financières antérieures à la pandémie, les rendant encore plus susceptibles aux chocs et à d’éventuelles notations négatives.

D’ici 2021, six pays Africains devraient enregistrer une dette publique brute dépassant 100 % du PIB, alors que dans l’ensemble, le poids de la dette devrait augmenter puis se stabiliser au-dessus de 60 % du PIB d’ici 2021/2022. Les pays les plus vulnérables sont bien connus des marchés et connaissaient déjà des problèmes avant la pandémie. Étant donné la nature isolée des défauts de paiement actuels, la tendance générale ne montre aucune menace de propagation ou de contamination régionale.

Le problème majeur qui se pourrait se poser est que ces pays n’ont aucun antécédent historique en matière de stabilisation suite à une telle augmentation de la dette. La consolidation fiscale et la génération de revenus seront certainement des facteurs nécessaires pouvant améliorer progressivement leur qualité de crédit.

Les gouvernements africains insistent sur la nécessité de traiter les pays individuellement

Au moment de présenter leurs stratégies, les représentants des pays participant – Ghana, Sénégal et Ouganda, ont mis en avant leurs spécificités qui selon eux, devraient être un facteur clé dans toute discussion avec des partenaires désireux de soutenir les efforts de relance post pandémie dans le continent.

L’autre point clé qui a été soulevé est que ces pays mettent proactivement en place des plans stratégiques de relance économique qui sont à la fois une continuation de leurs efforts de développement durable et la mise en place des fondations nécessaires pour amortir les chocs futurs sur leurs économies.

Comme l’a mentionné M. Khalifa Sarr, Conseiller auprès du Ministre de l’Economie, de la Planification et des Partenariats internationaux, le Sénégal est classé deuxième sur 36 pays au niveau mondial pour sa riposte à COVID. Selon lui, cela n’aurait pas été possible, si le gouvernement n’avait pas mis en œuvre un programme de résilience économique et sociale de 1,7 MUSD au début du mois d’avril 2020, ce qui représente 7% de leur PIB. M. Sarr a également fait remarquer que la communauté internationale devrait reconnaître que toutes les dettes ne sont pas égales. Ce programme socio-économique, a-t-il ajouté, a le mérite d’avoir sauvé des milliers de vies et renforcé les infrastructures sociales qui protégeront contre de futures pandémies, tout en s’ajoutant à la prochaine phase de leur programme de relance visant à attirer le secteur privé, grâce à un nouveau cadre de PPP et à des politiques qui allégeront la bureaucratie pour les investisseurs.

L’Ouganda a aussi de son côté, adopté une position proactive. Bien qu’il soit en pleine période d’élection présidentielle, M. Moses Kaggwa, Directeur des affaires économiques au Ministère des Finances, a fait remarquer que le pays devrait connaître une croissance de 2,9% cette année et de 3,5 à 4% en 2021, ce qui fait de lui l’une des meilleures performances africaines. De plus, en mettant l’accent sur la création d’emplois dans le secteur agricole, qui emploie 70% de la population, le pays est en train de renforcer la valeur ajoutée de certaines de ces exportations, outre le tourisme intérieur, tandis que la Banque de Développement de l’Ouganda (Uganda Development Bank) comble le déficit de financement actuel dans les secteurs manufacturier et agroalimentaire. Ensemble, ces mesures devraient contribuer à la relance post-pandémique du pays de manière à  toucher la majorité de la population.

Le Ghana, dont l’économie est bien diversifiée, a aussi été favorisé par la stabilité des prix du cacao et le regain d’intérêt des investisseurs pour l’or, ce qui a permis de contrer les effets de la baisse des prix du pétrole, selon Samuel Arkhurst, Directeur de l’économie et Directeur du Trésor et de la division de la gestion de la dette. En outre, le Ghana a mis en place un programme de liquidités qui devrait stabiliser l’économie à court terme et revitaliser tous les secteurs lorsque le pays sortira de la pandémie. M. Arkhurst a ajouté que le Ghana est pleinement engagé dans sa stratégie de gestion de la dette à moyen terme et prévoit revenir sur le marché Eurobond en 2021.

Les multilatérales invitées  à repenser leur approche en matière de soutien aux souverains

La communauté des investisseurs, représentés par le Dr Christopher Marks, Directeur Général de MUFG, a invité les organisations multilatérales à repenser leur approche en matière de soutien aux souverains, en se concentrant sur le financement des projets de développement d’infrastructures aussi bien sociales que traditionnelles, qui n’incluront pas de garanties souveraines. Cela donnera plus de latitude aux banques commerciales telles que MUFG, quant à leurs bilans, afin de pouvoir apporter plus de soutien aux gouvernements qui commencent à renforcer leurs économies.

La table ronde annuelle de l’ACA est une plateforme qui permet aux investisseurs internationaux, aux financiers et aux autres parties prenantes du secteur privé d’avoir des échanges ouverts et honnêtes avec les gouvernements africains sur les risques actuels en matière d’investissement et de commerce et sur les potentielles solutions. Du nombre des orateurs intervenus à cette occasion, nous avons :

  • David Rogovic, Vice-Président, Analyste Principal, du Groupe Risque Souverain chez Moody’s Investors Service;
  • Samuel Arkhurst, Directeur Général de l’Economie et Directeur du Trésor et de la division de la gestion de la dette, Ghana;
  • Khalifa Sarr, Conseiller au Ministère de l’Economie, de la planification et des partenariats Internationaux, Sénégal ;
  • Moses Kaggwa, Directeur des affaires économiques au Ministère des Finances, de la Planification et du Développement Economique, Ouganda ;
  • Christopher Marks, Directeur Général, Responsable des marchés émergents, Service bancaires aux entreprises pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique chez MUFG ;
  • Sous la modération de Dr. Robert Besseling, Fondateur et Directeur Général de Pangea-Risk

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